Souvenez vous la semaine dernière, Éliane arrivait au pied du Mont Herodier et se préparait pour sa première exploration en qamoutiq sur la banquise.

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Après le dîner, nous embarquons à deux par qamoutiq et nous voilà partis pour une première exploration sur la banquise… La motoneige démarre, le qamoutiq s’ébranle, c’est alors que commence une procession dans un panorama sublime.

Les déplacements en qamoutiq donnent une cadence particulière à nos journées. Dans le lointain, ils semblent glisser au-dessus de la neige comme portés par un mirage. Pour embarquer dans ce caisson, la technique est similaire à celle des plongeurs sous-marins. On s’assoie sur le bord et, à la renverse, on se laisse glisser à l’intérieur. Ensuite on se relève et on s’agrippe au toit. On peut également rester assis sur les matelas gonflables qui servent de « banquette » mais on se prive de la vue du paysage. Pour en sortir, il est déconseillé de suivre cette technique !

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Peu discipliné, ce traîneau ne suit pas toujours la motoneige comme le voudrait la logique et, il n’est pas rare qu’il glisse aux cotés de celle-ci comme s’il voulait la dépasser ou prendre une autre voie. Cela se produit lorsque cette dernière change de direction ou doit faire un écart pour éviter un obstacle comme un bloc de glace. Le qamoutiq continue sans  chercher à éviter le bloc de glace. L’approche vous arrache un cri comme dans les manèges de Disney et comme dans les manèges on franchit l’obstacle sans mal. S’en suivent quelques éclats de rire qui résonnent dans l’air. C’est là que l’on s’aperçoit de la dextérité du pilote car tout réside dans la conduite de la motoneige. Ce qui est plus délicat, c’est le franchissement d’une faille dans la glace. Le pilote doit s’assurer que le qamoutiq est bien dans la ligne de la motoneige.

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Après 40 minutes de motoneige, Don nous amène, à un petit étang (trouée dans la banquise qui s’agrandira chaque jour de fonte) que domine un iceberg. Notre arrivée provoque un envol de kakawis et marmettes de Brünnich dérangés par le bruit des motoneiges. Armé de son pic à glace, Don teste l’épaisseur et la solidité de la banquise en bordure de l’eau. L’endroit où il le plantera sera la limite à ne pas dépasser à moins de vouloir rejoindre les canards !

Malgré le  bruit, quelques eiders sont restés à proximité et nous ravissent par leur beauté. Le plumage très coloré de l’eider à tête grise est un régal. Les pingouins reviennent petit à petit et durant 2 heures nous observons ces oiseaux qui s’ébattent dans une cacophonie incroyable. Chacun y allant de son cri, de son chant, de son battement d’ailes, de son plongeon ! Juste à nos pieds, quelques eiders à  tête grise se hasardent à monter, bien maladroitement, sur la glace pour lisser leurs plumes et se reposer. Nous assistons alors à toute une séance de toilettage.

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Envol de guillemots, marmettes et kakawis à notre arrivée

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Le confort des observations (sièges, collations)

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Le qamoutiq sert aussi de point d’observation en hauteur

De retour au camp vers 23 heures, nous regagnons nos tentes plongées dans l’ombre de la montagne derrière laquelle le soleil s’est glissé. La température est en baisse et un bon – 10o C se fait ressentir. Camper sur la banquise n’est pas aussi facile que camper dans le bois en été. Ça me prend déjà quelque souplesse du corps pour rentrer dans une tente en short et en gougoune (tong) ! Imaginez, le même effort mais équipée comme un cosmonaute et chaussée d’une grosse paire de bottes d’hiver… !

Une fois à l’intérieur je retire les bottes et les chaussons amovibles et je  m’organise pour la nuit en veillant à ce que toutes les affaires soient au sec. Sophie m’ayant recommandé de mettre les batteries des appareils photos, les chaussons, les mitaines etc., dans mon duvet pour la nuit. « Si j’ai bien compris, Sophie, tout ce qui  pose  problème est à mettre dans le duvet…! » À essayer avant d’aller voir un psy, c’est moins couteux !

Je commence donc à vider mon sac de voyage et remplir mon sac de couchage… J’ai pris soin de me réserver une petite place parmi tout le stock pour ne pas dormir dans mon sac par manque d’espace dans mon duvet !!! Vêtue de sous-vêtements ultra chaud, bonnet, écharpe, chaussettes aux pieds, je me fraye un passage entre chaussons, batteries, lingettes et lotions. Tout en reprenant mon souffle, j’attends le sommeil dans ma tente encore inondée de clarté, des images plein la tête de cette première journée.

Vers 3h du matin, la température est en hausse. Le soleil a repris sa course et a franchi la montagne. Ses rayons frappent le camp et la chaleur qui se dégage dans la tente me réveille. Je retire bonnet, écharpe et chaussettes et me rendort !

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La clarté à 3h du matin au mois de juin

Chaque matin, on se retrouve dans la tente « mess » ! Après un copieux petit déjeuner on se prépare à repartir en qamoutiq pour une journée d’exploration ! Un ciel bleu et un soleil de plomb accueillent cette seconde journée. Même si des nuages nous encerclent au-delà des montagnes, le soleil fait son œuvre de lumière et de réchauffement à l’intérieur de cette couronne.

Nos itinéraires traversent souvent des secteurs où nombre de phoques se prélassent sur la banquise. Leur masse sombre les trahit de loin sur la  neige immaculée.  Curieux, ils se redressent, nous observent arriver. Farouches, ils disparaissent dans leur trou juste à notre approche. Parfois, lors des observations en bordure de l’eau, nous en surprenons un  qui émerge et nage au beau milieu des canards.

phoque

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Confortablement installés dans des sièges de toile, café et collation savoureuse à volonté, nous observons cette faune généreuse, au cœur d’un décor des plus grandioses. Qu’ils soient eiders à duvet ou à tête grise, marmettes de Brünnich, mouettes, huards à gorge rousse, kakawis, plectrophanes des neiges, phoques annelés, narvals, ours blancs, les journées d’observation dans cet environnement irréel de neige et de glace aux reflets turquoises furent passionnantes, enrichissantes et donnèrent le rythme à la découverte de l’Arctique.

La Marmette de Brünnich ou guillemot est un proche parent du petit pingouin. Pas très habile, pour s’envoler, elle doit « courir sur l’eau » pour décoller. Une fois en vol, sa vitesse peut atteindre 75 km/h. L’amerrissage est également des plus comiques avec un « crash » à la surface de l’eau !

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Pour les Kakawis ou Hareldes qui sont de la famille des canards plongeurs, l’amerrissage est aussi très spectaculaire.

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Ces Guillemots à miroir nous ont offert tout un spectacle avec une scène comportementale de l’accouplement. Le couple effectue une parade nuptiale durant laquelle ils sifflent, nagent en cercle et tournent. Pendant l’accouplement, le mâle lève et pose alternativement ses pattes sur le dos de la femelle. Le guillemot à miroir est très dépendant de la glace, et sa survie est liée à la banquise de l’Arctique.

Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité. Nous préférons vous en avertir !

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 L’Eider à duvet est le plus gros des canards. Très connu pour son plumage qui vient souvent garnir nos vêtements d’hiver, c’est un canard maritime quittant rarement l’eau sauf pour la reproduction. Il fait son nid avec son propre duvet. L’Eider à tête grise est plus petit mais quand même assez trapu. Il passe sa vie en mer et vient uniquement à terre, dans la toundra, pour se reproduire.

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Eider à tête grise ou Eider remarquable

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Eider à duvet le plus gros des canards

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Eider à tête grise dégustant un oursin

L’Arctique, c’est l’émotion retrouvée ! C’est le frisson qui parcoure l’échine, les palpitations du cœur lorsqu’à l’horizon se meut un point qui grossit lentement, lentement, puis disparaît dans les anfractuosités de la banquise pour réapparaître quelque part sur un promontoire de glace !

C’est l’attente interminable et la patience récompensée par un face à face extraordinaire dans la profondeur hyperboréenne !

Et on vous invite à patienter jusqu’à la semaine prochaine pour connaître la suite de cette aventure aux confins de la Terre de Baffin.

Consultez nos programmes en Arctique et le programme suivi par Éliane pendant son séjour.

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